Juste un léger quiproquo [SOLO]

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Juste un léger quiproquo [SOLO]

Message par Artémis Chester le Sam 1 Oct - 10:39

Asmodeus se posa tranquillement dans la rue. Chester descendit d'un pas pesant et après un remerciement ténu, fit disparaître son parapluie. Pour faire simple, le Conteur se sentait exténué. Il avait traversé la moitié du continent en 3 jours, avait dû dormir dans des conditions exécrables dans une auberge miteuse quelque part à Nodaque, avec des adolescents soulards plein le grenier. Il avait faillit en faire griller un ou deux, histoire de les dessoûler rapidement. Une fois cette nuit pleine de courbature passée, il avait dû revenir jusque chez lui, roulé en boule sous une bâche plus ou moins isolante, volant au sein d'une pluie diluvienne. Il avait sécher depuis le temps, mais la fatigue se lisait sur chaque trait de son visage.
D'un pas lourd, il avançait dans l'air frais de sa petite rue, vide à l'heure actuelle. Il se laissa tomber sur son trottoir, dans un coin pas trop sale, et tira une cigarette de sa poche. D'un geste de la main, il tira doucement Balthazar de son sac. Le serpent de perle se lova à ses côtés, et d'un signe de tête alluma son tabac. Il y eut un rougeoiement, puis Chester en tira une bouffée avant de se laisser aller au spectacle du soleil couchant. Lui et son Objet ne firent aucun commentaires pendant les longues minutes qui suivirent, contemplant presque religieusement les tourbillons de fumée crachés par Chess.

Puis, une fois finie, le Conteur écrasa son mégot, prit Balthazar sur ses épaules et se décida enfin à rentrer chez lui. Il était près à revoir Caliawen, ou sa maison, ou quoique ce soit qu'il y ait derrière cette porte. Il passa la grille, monta lourdement les marches et tenta de déverrouiller sa porte. La main tremblante de fatigue, il mit quelques instants avant de parvenir à l'ouvrir. Il entra dans son salon, religieusement calme.

*Caliawen est partie, tu te souviens ?*

Ah oui. Bah, quelques jours de calme ne ferait pas de mal. Il avança d'un pas traînant en direction de son sous-sol: il avait un paquet assez compromettant qu'il fallait ranger tout de suite. Pas question qu'on le retrouve avec un cadavre dans son sac. Soudain, il y eu un craquement. Dans les escaliers. Exactement le même produit lorsque quelqu'un marchait entre la 4ème et la 9ème marche. Chester s'immobilisa une fraction de seconde, puis pirouetta sur lui même. Dans le même mouvement, Balthazar bondit de son sac pour s'installer, aux aguets, sur ses épaules. Le Conteur se retrouva alors devant un jeune homme, peut-être du même âge que Caliawen, debout en bas des marches. Il l'observait avec un air étonné qui se mua très rapidement en un froncement de sourcil sévère.

-Mais tu n'es pas Calia !

-Sans blague ? fit le Conteur avec un haussement de sourcil dédaigneux.

*Chess, derrière toi !*

Le jeune homme pivota sur lui même juste assez vite pour voir un joli petit pot en cuivre, brillant dans la lumière du soleil et animé d'une magie Conteuse furax, lui foncer en pleine tête. Fatigué comme il était, il n'eut pas le temps de réagir. Balthazar, quelques secondes avant l'impact, commenta d'un air docte:

*De toute façon, il est en fonte. Je n'aurait pas réussi à le brûler.*

BONG. Ce fut le dernier bruit qu'entendit Artémis avant de s'écrouler au sol, assommé. Une jeune femme se releva de derrière le canapé et se pencha au-dessus du Conteur.

-Bien joué, August.

Le pot en fonte sembla se tortiller de plaisir. C'est pas très beau à voir, un pot en fonte qui se tortille.

-Vous pensez que c'est quoi, au juste, un cambrioleur ? fit un autre garçon, sortant d'un placard.

Lui et le blondinet des escaliers s'approchèrent du corps endormi.

-Peut-être. Je le reconnais: c'est un Conteur qui s'est fait bannir de l'Université. J'étais sur place quand il à été mis à la porte. Il a mincit.

-Merci, ça faisait partie des commentaires utiles et appréciables dont on avait particulièrement besoin. Bon, on en fait quoi ?

-On le met dehors. Loin. Comme ça il reviendra pas ici de ci-tôt.

-D'accords, mais faut faire vite. On doit tous être rentrés et caché pour le moment où Caliawen va rentrer. Si on arrive en retard à son anniversaire surprise, on aura l'air de sacrés quiches. Bon, tu prends ses pieds ?

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Re: Juste un léger quiproquo [SOLO]

Message par Artémis Chester le Mer 28 Déc - 19:45

Artémis se redressa d'un coup sec, un peu à la manière d'un ressort. D'un ressort débraillé, à l'air perdu, avec une légère marque rouge entre les deux yeux, et vautré au milieu de poubelles. Il se palpa le front pour être sûr de ne pas en avoir perdu un morceau, et testa ses capacités.

-Gnfabliegya.

*T'aurais pût faire mieux, comme première phrase en sortant d'un coma.*

-Gnfjacauma ?

*Fais un effort.*

La gorge du magicien émit une sorte de vrombissement, un peu comme un vieux moteur à Pile qui se met en marche.

-J'étais dans le coma ?

*Non.*

-Qu'est-ce que je fais ici ?

Le jeune homme était allongé, les bras en croix, au milieu d'un tas de sacs en tissu. Tous ensemble, ils formaient un petit monticule de rejets, malheureux déchets abandonnés entre trois murs de briques froids et sales. Artémis lança un rapide coup d'oeil aux alentours. Pas un chat dans la ruelle (sauf celui grossièrement dessiné sur un mur), pas de fenêtre ni de porte. Juste une odeur de benne à ordure. Yerk.

*Tu t'es fait attaqué par Pot en Fonte le Berserker. Et, selon un ordre tout à fait logique, ils t'on jetés ici car ne sachant pas quoi faire de ton corps évanoui.*

-Et ils étaient chez moi.

*Surtout, ils semblaient attendre Caliawen.*

-Ils étaient surtout chez moi.

*Elle pourrait être en danger.

-Mon mobilier aussi.

Le magicien bondit sur ses pieds, attrapa son chapeau qui avait roulé un peu plus loin, et sortit de la ruelle. A défaut de se draper dans un linge propre, il s'enveloppa tant bien que mal dans sa dignité.
Autant dire que les trois jeunots qui fumaient devant sa porte manquèrent de s'étouffer avec leurs clopes en voyant un épouvantail malodorant, au port néanmoins altier, les dépasser au pas de course et pratiquement défoncer la porte. Les invités arborèrent un visage gêné au passage du Conteur, et un murmure enfla, mais personne ne l'arrêta. Caliawen était probablement à l'étage. Un grand gars aux cheveux vert sapin tenta bien de l'arrêter, mais Balthazar cracha une flammèche sous son nez. Il les laissa gentiment passer, avec un très poli "Bonne soirée monsieur".

Chester s'enferma à double tour dans la sale de bain, et envoya valdinguer ses vêtements sur la chaise en bois.

*Tu... prends une douche ?*

-Je compte bien les chiche-kébaber un par un, mais je compte le faire avec classe.

*Ah.*

10 minutes plus tard, un Artémis propre et lavé déboulait dans le salon. Le silence se fit presque instantanément. Artémis les observa, un par un. S'attarda sur le pot en fonte qui flottait, indécis, au dessus de la foule. Puis haussa les épaules. C'était l'anniversaire de Caliawen. Autant laisser ça passer.
Il se frotta les yeux.

-Bonsoir. Je suis le copropriétaire de cet endroit, et je met le pot en fonte à la porte. Aucune négociation possible.. Le reste, vous pouvez rester, l'alcool est planqué sous la 4ème latte en partant de la porte de la cuisine, de la gauche vers la droite. Derien.

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Re: Juste un léger quiproquo [SOLO]

Message par Artémis Chester le Mer 28 Déc - 20:21

Là. Tiroir en bas, à droite. Grande boîte en fer. Dedans, une plus petite boîte, rouge, entourée d'un ruban. Le Conteur la sortit, et la posa sur son bureau. Puis il se laissa tomber sur son fauteuil.

Que lui arrivait-il ?

Il était seul. Totalement. Son sac Conteur était posé sur un fauteuil, les portes du sous-sol et de son bureau fermées, les bruits de la vie camouflés et étouffés par les étages.
Et il était là. Le Conteur aux voeux tordus, le Conteur briseur de rêves, le cadeau empoisonné du destin. Le magicien paria pour des raisons morales, celui à la famille brisée, celui qui se croyait au coeur de pierre.
A quel moment dans sa vie était-il venu à vouloir offrir un cadeau à quelqu'un ?
Caliawen et lui s'étaient rencontrés 1 semaine auparavant. Ils étaient colocataires. Elle avait réussi à prendre à café avec lui, et accessoirement à coucher avec lui. Chester était dubitatif. Soit il devenait gâteux, soit elle avait vraiment un charme exceptionnel. Soit un peu des deux.

Caliawen avait ce côté si particulier de la personnalité, qui permet aux gens de se valoriser. C'était quelqu'un qui rayonnait, d'une certaine façon. Elle rayonnait de bonne humeur, d'une certaine simplicité de vivre, d'un charme discret mais intéressant. Ce genre de charme qui n'est pas juste personnel, mais plus celui qui retombe gracieusement sur son entourage, sur ceux auxquels elle parle. C'était un charme pour le moins extraordinaire.

Ou peut-être Artémis était-il en simple manque d'affection, d'une certaine façon. Il se laissa aller sur son siège, sans quitter le cadeau des yeux. Meh. Gateux ? En soit, il sentait, profondément, qu'il lui manquait quelque chose. Il était toujours parti du principe qu'on ne lui accordait pas suffisamment de reconnaissance. Et il était décidé à montrer au monde qu'il méritait son attention. Pour autant, était-il défini dans le vaste monde par sa personnalité et ses acquis, comme ce qu'il recherchait, ou l'était-il par le biais de ses pouvoirs, du masque qu'il se donnait pour son travail ? Etait-il défini par le biais de Diane ?

Un manque d'affection n'est pas juste manquer d'amour. Pas toujours. On peut considérer que manquer de reconnaissance peut être une forme de manque d'affection (outre une forme très répandue d'égocentrisme.). Artémis avait toujours manqué de quelque chose, d'un lien particulier dans l'esprit des gens, d'une marque qu'il laisserait. Jusque là il la laissait par le biais de ses contrats, mais peut-être cherchait-il à toucher directement l'affection des gens. A créer des liens d'amitié solides et durables.
Artémis manquait d'attache, il manquait de repère, il manquait de reconnaissance de la part du monde: il lui manquait une place dans le vaste monde.

Ou pas.

Le moment n'étais pas aux questionnements existentiels, au pourquoi du comment de son existence. Ces questions stupides attendraient. Là, il devait offrir son cadeau à Caliawen. Et après, de cacher le cadavre qu'il avait volé quelque part dans la maison où personne ne le trouverait.

Le Conteur se leva, attrapa le paquet cadeau et son sac, puis sortit. Il arriva à l'étage juste à temps pour voir la porte d'entrée se refermer sur Caliawen. Il mit quelques secondes à traverser la pièce et à la suivre dehors.
Sur le perron, il n'y avait plus personne. Peut-être un jeune homme, au pied d'un lampadaire, seul et triste, dont le regard se perdait dans les ombres à l'opposé de la rue. En suivant son regard, Artémis aperçut furtivement la silhouette de Caliawen. Le mélancolique au lampadaire tourna la tête et s'en alla, mais Chess suivit sa colocataire. Où allait-elle ?

La poursuite dura quelques minutes encore. Ils marchaient tous deux, mais lui peinait de plus en plus à la suivre. Quelques fois, c'était juste le bruit de ses pas sur le pavé qui lui indiquait la route à suivre. Pas un moment il ne pensa à crier son nom, la disparition subite de la jeune femme au cours de son propre anniversaire ayant piqué sa curiosité.

Puis il apparut. Le pont. Un large pond de pierre, pavé, éclairé d'un seul lampadaire de chaque côté de l'eau. Au moment où il se révélait aux yeux de Chess, Caliawen disparut. Par-dessus la rambarde.

Il mit quelques précieuses secondes à réagir. Il resta béa quelques fractions de secondes, puis se précipita au parapet. Juste en dessous du point de chute, on ne voyait déjà plus que des bulles. Pas de remous, rien. Son visage apparut un court instant, blafard, souriant, avant de disparaître dans les profondeurs, ayant expiré jusqu'à sa dernière bubulle. Elle ne s'était pas débattue. Soit elle venait de se suicider soit son instinct de survie n'avait strictement aucune valeur.

Soudain, les ombres lui parurent plus sombre, le vent plus froid, le silence plus pesant. Il observait les flots, le visage indéchiffrable. Accoudé au muret de pierre, il retournait le paquet cadeau entre ses doigts. C'était une jolie petite boîte bleue, avec un ruban vert sombre. Inutile, maintenant.

Quel égocentrisme. Des gens s'étaient rassemblés pour son anniversaire, étaient venus juste pour elle, et l'autre trouvait quand même le moyen de caser la nouvelle de sa mort dans la soirée. En remerciement des cadeaux, certainement. Incroyablement stupide. Pourquoi les personnes qui ont notre confiance pour un avenir plus heureux, un avenir meilleur, doivent-ils nous trahir ? Quand son regard retomba vers le tombeau liquide de Caliawen, il était chargé d'un mépris dosé.

-Joyeux anniversaire, lâcha-t-il d'un ton cinglant.

Puis il laissa le paquet tomber à l'eau, et tourna les talons.
Sur le trajet du retour, il ne pensa pas. Il n'agit pas. Il marchait, n'autorisait pas son esprit à vagabonder. Droite, gauche. C'était tout. Quand il passa la porte, il ne pensait toujours pas. Droite, gauche, comme un automate bien huilé. Quand il arracha aux mains d'adolescents à l'esprit embrumé de drogues une bouteille de whisky pleine, il ne pensait toujours pas. Pas plus que quand il arracha le bouchon d'un coup de dent et le recracha dans le Pot en Fonte qui s'était discrètement infiltré à l'intérieur. Encore moins quand il vida presque la bouteille d'un trait.
Et puis, Ewen lui rentra dedans.

-Ah, Artémis. T'aurais pas vu Caliawen, par hasard ?

Il le regarda avec un air profondément ennuyé.

-Ta copine ? Elle vient de se jeter d'un pont.

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