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Message par Artémis Chester le Mar 5 Juil - 14:44

Artémis était affalé dans son canapé, une lettre à la main. Il la relut une deuxième fois, pour être sûr de n'oublier aucun détail.

La missive était écrite sur du papier simple, pas très coûteux. L'écriture était fine et lisible, mais trop délicate pour avoir était écrite par un greffier (ou alors le greffier avait de sacré manières). Les mots étaient d'un babillage habituel pour l'aristocratie, et le bas du parchemin portait un sceau qui évoquait vaguement quelque chose à Chess. On lui demandait de se rendre expressément dans la ville de Fowlage, dans les montagnes, et ce avant 5 jours. Sans quoi l'expéditeur considérerait qu'il ne possédait pas les moyens de venir par lui-même et enverrait donc de l'aide. AKA il allait venir chercher le Conteur à grand renfort de corps armé.

Ce dernier se leva, plia la lettre et la mis dans son sac. Il avait un petit voyage a préparer. Une fois un manteau et des gants chauds réunis, un petit encas et Diane préparée, le Conteur sortit dans la cours et verrouilla la porte derrière lui. Sa maison, perché quelques part dans les plaines de Sécolie, était plutôt cachée du monde. Il faudrait qu'il pense à déménager si on pouvait le trouver si facilement. D'un geste expert de la main, il tira un parapluie de son sac et l'ouvrit dans le même mouvement. Quelques étincelles rouges dévalèrent le manche tandis qu'il posait l'objet à l'envers. Il grimpa dedans et s'assit au fond tandis qu'Asmodeus s'agitait.

*Bonsoir Artémis.*

*As.*

*Où va-t-on ?*

*Fowlage, un petit village dans les montagnes. On est convoqué par une duchesse, alors vite.*

Le serpent inclina la tête, puis tourna son visage de bois vers la droite. Sous Artémis, la toile frémit tandis qu'ils s'élevaient de quelques centimètres; il y eut un instant de battement ou Asmodeus bascula légèrement sur la gauche avant de bondir en avant, faisant siffler le vent aux oreilles du Conteur. Lequel cligna des yeux trois fois, puis se perdit dans ses pensées. La Comtesse de Fowlage. C'était intéressant. En vérité Diane avait déjà eu un lien avec elle: la grande Dame avait tenté autrefois de conclure un pacte avec Emilien pour obtenir un enfant. Le dis rejeton bâtard de la magie Conteuse devait désormais avoir à peu près le même âge qu'Artémis. A cette perspective, il fallait admettre que se rendre à Donoé dans les environs de "Immédiatement-tout-de-suite" devenait bien plus attractif.

*

Le problème avec les voyages volants, c'est que c'est long. Très long et très dangereux. Essayez de vous endormir dans un parapluie retourné en tissu à plusieurs mètres d'altitudes au-dessus du sol et de survivre à la chute inévitable. Chapeau enfoncé sur la tête et tête rentrée dans son col, un long manteau de fourrure sur les épaules, Chess semblait se ratatiner à chaque kilomètre parcourut. Les paysages avaient beau être splendides, la neige tourbillonnante, à défaut d'être un obstacle, était une sacré gêne. Impossible de voir plus loin que quelques mètres. As rasait presque le sol, lové au fond de son nid de tissu, semblant endormi. Il louvoyait entre les arbres qui se dressait parfois sur son chemin, virevoltait ici et là, accélérant de temps en temps selon son humeur et ses envies. Soudain surgissant du brouillard glacé des montagnes, une immense falaise de pierre se dressa sur son chemin. Le mur de roche barrait la route à-pic, jaillissant des brumes à quelques mètres à peine. As se dressa d'un coup, serpent aux aguets et accéléra. Dans un virage serré, il se mit à voler à la verticale du mur traînant un Conteur braillard et hurlant agrippé tant bien que mal à son cou. Par mesure de précaution, le serpent s'était enroulé autour de la taille de Chess, ce qui n'empêchait pas le moins du monde ce dernier de hurler de toute la force de ses poumons. Une fois dépassé la paroi, As rétablit son équilibre et lâcha Chester. La parapluie se mit à flotter tout doucement parmi la brume.

*Tout va bien ?*

*Tocard !*

L'image d'un sourire ouvertement sarcastique faillit de l'esprit du parapluie pour frapper de plein fouet celui du Conteur. Asmodeus fit alors un piqué, que Chess accompagna d'un hurlement horrifié. Il descendit la montagne tout entière en chute libre, accroché de nouveau à la taille de Chester, mais se laissant tomber en tourbillonnant. Il traversa le brouillard comme un véritable météore et ne rétablit son vol qu'a quelques centimètres du sol, planant un peu pour flotter paisiblement au dessus des chemins. Alors que Chess hurlait autant physiquement que mentalement toute les insultes les plus variées qu'il connaissait, il ne fit qu'un petit signe de tête vers l'avant. Continuant mon flot d'insultes, le Conteur leva la tête. Peu à peu, ses injures se muèrent en grommellements presque inaudibles, pour se tarir parfaitement. Fowlage s'étendait sous leurs yeux, cité fortifiée et importante: elle n'égalait aucune des capitales, mais il fallait admettre que la forteresse appuyée directement sur le flanc de la montagne imposait un certain respect. Chess ne dit rien pendant quelques moments, puis repris consistance.

*'Foiré. Enflure*

As rit doucement.

*Tu vas être en retard.*

Le parapluie de tissu remonta tranquillement tout la rue principale, pendant que son monteur maugréant observait les passants. Des gens cordiaux, sommes toutes. Flottant au dessus des tuiles baignées du soleil de fin d'après-midi, le Conteur rangea en maugréant sont lourd manteau de fourrure. Finalement, il descendit au ras du sol sur le parvis des larges doubles portes du château.  Elles étaient ouvertes. Rasant les dalles, As s'avança, lorsqu'un garde tenta de le stopper. Chester lui tendit sa lettre de convocation. Le soldat lut la lettre deux fois en suivant les lignes de son doigt, puis lui rendit le bout de papier.

-Descendez de cheval. Ou quoique cet chose soit.

*Cette chose ?* s'exclama As d'un air indigné.

-Si c'était un cheval, peut-être. Conduisez moi, maintenant.

-Je ne peux pas vous...

-Retarder ? Effectivement vous ne pouvez pas.

Le garde ouvrit la bouche, la referma, puis soupira. Il guida le Conteur dans un dédale de couloir à la décoration délicate, qui le mena jusqu'au devant de deux grandes portes de chêne. Ces dernières s'ouvrirent majestueusement, et le soldat s'avança, Chess sur les talons. Il s'arrêta devant les trônes de la famille régente, puis frappa le sol de sa hallebarde.

-Artémis Chester, votre Excellence ! fit-il d'une voix forte.

Et il s'agenouilla. Chess le regarda faire du haut de son Objet Conteur, puis le dépassa en ignorant les regards discrets censé lui rappeler la bonne conduite. Au diable les bonnes manières, ici c'était lui qui menait la danse. D'un pas léger, il sauta à terre et referma son parapluie. Avec un petit sourire amusé, le jeune homme le fit disparaître et s'adressa à la femme assise sur le trône, ignorant les autres personnes qui auraient put se trouver dans la pièce. Pas un signe de tête, ni même un bonjour. Chess avait toujours aimé être odieux avec les gens riches.

-Besoin d'aide ?

Il aurait jurer que dans l'ombre du trône, le chambellan mangeait son chapeau.


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Message par Archange le Sam 20 Aoû - 12:15

Le soleil venait de se lever et moi avec, le petit-déjeuner que les domestiques avaient soigneusement préparé à mon attention était posé à côté de la porte, sur la petite table prévue à cet effet. Je me dirigeai vers la fameuse table après avoir enfilé un pantalong. Je pris la tasse de chocolat chaud et un pomme pour enfin me rendre sur mon balcon. Je bu une gorgée de chocolat, posai la tasse sur le rebord du balcon et croquai dans la pomme. Ma chambre se trouvait dans la tour la plus haute du château ce qui me permettait d'apprécier la majesté du paysage. Le château, la ville et les champs étaitent entourés de monts et pics. Le palais et était incrusté dans la roche d'une de ces montagnes pour bénéficier de la source d'eau de cette dernière. L'eau jaillissait dans les souterrains du château et des ingénieurs avait créé une rivière artificielle qui traversait la ville de tout son long. Une fois les remparts de la ville dépassés, la rivière continuait et se divisait en canaux qui allaient abreuver les champs et les cultures des fermiers. Le cours d'eau disparaissait dans un tunnel creusé dans la montagne opposée au château. En ressortant de ce tunnel on trouvait une cascade mortelle quoique magnifique. Sur les bords de cette falaise habitait quelques bergers qui venaient vendre leur produit sur les marchés. Non aucun doute Fowlage était bien une des villes les plus paisibles du pays et j'étais le plus heureux des hommes.

Une fois mon déjeuner fini, je m'habillais entièrement et descendit dans la salle de réunion où je trouvai mon père en train de trancher sur le prix du blé cette année. J'attendis qu'il ait fini pour lui dire bonjour. Mon père se retourna tout sourire :

-Archange ! Mon fils ! Comment vas-tu ?
-Merveilleusement bien et vous père ?
-On ne peut mieux ! Les récoltes sont encores meilleures que l'an dernier ! Ce qui signifient plus d'argent pour la ville, donc plus d'argent pour nous donc plus d'aide pour les nécessiteux.
-C'est merveilleux père, lui répondis-je en souriant Sauriez-vous où se trouve mère ?
-Elle prépare une réception je crois...
-Ah ? Nous attendons quelqu'un ?
-Mmmoui, un magicien qui pourrait aider ta mère avec son problème...
-Son problème ?
-Rhhm elle t'en dira plus que moi

Etrange pensai-je, mon père évitait rarement le dialogue et ma mère n'était pas du genre à avoir des secrets... Je me rendis dans la salle d'audience pour mieux comprendre ce qui se tramait. Les portes étaient fermées... Je me faufilai par une fenêtre, et, une fois dehors je déployais mes ailes et pris mon envol. Par chance un des vitrails de la salle d'audience était ouvert. Je regardai d'abord à l'intérieur et vis une sorte de... nécessiteux... Il était roux, le visage anguleux et portait des vêtements rapiécés.

-Mon brave je ne voudrais pas paraître impoli mais ma mère attend quelqu'un... Je vais vous prendre en charge. Des vêtements propres, une bonne douche et un bon repas vous donneraient une meilleur mine-Je me posai face à lui- Suivez-moi je vous prie, Je lui montrais la sortie avec mes bras tout en lui souriant.

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Message par Artémis Chester le Jeu 25 Aoû - 21:12

Un silence très légèrement gêné suivit la déclaration du laquais blondinet tombé du ciel. Fils de la Comtesse peut-être, mais très gênant c'était sûr. Le Conteur l'observa avec une expression très vaguement intéressé, de haut en bas, avec un regard tout simplement polaire. Comme si il hésitait à lâcher Balthazar, ou à simplement passer outre. Puis lentement, le coin de ses lèvres se releva en un sourire moqueur. Il toucha le bord de son chapeau:

-Artémis Chester, enchanté.

Puis sans rien rajouter de plus, il dépassa le Butineur. Qui n'avait pas franchement l'air de vouloir se faire dépasser.

-Mon brave je crains de mal m'être fait comprendre... Ma mère attend quelqu'un et je vous prierais de me suivre afin de ne pas la déranger.

Artémis s'arrêta et pivota. Son sourire s'était légèrement élargit, mais était encore plus froid que d'habitude.

-Visiblement, tu le fais exprès, vieux. Je suis attendu. Va t'occuper des pauvres et laissent les grandes personnes travailler.

-Navré... Vous auriez pu le laisser entendre du premier coup... Enfin je vous laisse avec ma mère.

-Tu aurais pu le comprendre du premier coup.

Quand il fit volte-face, Artémis balaya l'homme pigeon de son esprit et releva les yeux vers la Comtesse.

-Bref. De quoi s'agit-il ?

La Comtesse, qui n'avait pas dit mot depuis l'arrivée du Conteur, baissa vers lui un regard neutre. Avec le masque de marbre de tout bon politicien, elle parut réfléchir quelques instants, son regard se promenant pendant quelques secondes dans la salle. Puis d'une voix forte elle s'expliqua.

-Je vous ais fait mander pour reproduire un exploit magique de votre prédécesseur. Je veux un enfant.

Un lourd silence tomba sur l'assemblée. Artémis observa le visage de la Comtesse, l'air pensif. Puis il plongea la main dans son sac Conteur et tira un lourd grimoire à fermoir de fer terni, qu'il ouvrit d'un mouvement de main expert. Le grimoire s'éparpilla en un nuage de feuille couverte de symboles étranges, qui allèrent flotter jusque sous les combes du toit. Artémis sentit un bâillement langoureux dans un coin de son esprit.

*Artémis.*

Le Conteur eut un bref mouvement de tête, comme un salut à l'invisible.

*Mais c'est la Comtesse de Fowlage ? Cela fait un petit moment que je ne suis pas venu ici. Qu'est-ce qui nous amène ?*

-Montre moi le contrat, dit Artémis à voix haute.

*De la Comtesse ? De suite, maître.*

Le dernier mot était largement chargé d'ironie. Chess était incapable de savoir qui, de lui ou de Diane, était le maître de l'autre. Soudain, cachée à l'autre bout de la pièce, un parchemin quitta son poste stationnaire pour venir docilement flotter jusqu'à Chester, qui le lut les mains dans les poches. Tout en bas du papier, quelques gouttes de sang et une signature attestaient que le parchemin avait été lu et signé par la comtesse de Fowlage. Diane jugea bon de lui souffler le prix d'un tel voeux. Le Conteur releva les yeux.

-Je peux faire ça.

*Mais.... ?* fit son objet avec un sourire vorace dans la voix.

Artémis eut une petite seconde d'hésitation.

-Mais ça pourrait vous causer des dommages. Physiques comme psychiques.

La Comtesse parut réfléchir.

-Quelle genre de dommage ?

-Du genre dangereux.

-Un handicap ?

-C'est l'une des meilleures opportunité que ça laisse, avec le fait de vous laisser parfaitement en vie. Vous êtes stérile, madame. Votre corps n'aimera probablement pas ça.

-Le pourcentage de chance de ça soit quelque chose d'irréversible ?

-50.

La Comtesse réfléchi encore.

-Et en compensation, vous souhaiteriez... ?

Chester marqua un léger temps d'hésitation, puis avisa une canne de bois sombre imbriquée dans un présentoir devant l'accoudoir du trône.

-Ce bâton m'a l'air parfait.

La Comtesse eut un regard un poil plus polaire.

-Je vais réfléchir à votre prix, je vous donnerais ma réponse d'ici une heure. Vous souhaitez peut-être des rafraîchissements ou de quoi vous reposer, après un aussi éreintant voyage.

Son ton était sans équivoque. Elle ne voulait plus de Chester dans son champs de vision. Elle claqua des doigts, et un garde s'approcha. Chester agita la main et le grimoire se replia immédiatement, puis il suivit le garde tandis que Diane quittait son esprit en riant.


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Message par Archange le Dim 18 Sep - 21:05

Cinquante pourcents... Pour donner la vie, ma pauvre mère désespérée ne savait comment aborder le problème. Elle s'en référa donc à mon père, qui, désabusé et triste lui répondit :
-Qui suis-je pour t'empêcher de donner la vie ? Mais sache que si le Ciel nous a donné Archange par miracle il ne sera peut-être pas clément une deuxième fois. Cependant si cela peut te rendre heureuse...

-Ce n'est pas une réponse, lui répondit la Comtesse

-Chérie... Cinquante pourcents, une chance sur deux de mourir... Je ne peux pas être optimiste, lança le Comte en étouffant un sanglot.

-Je sais.. mais j'ai besoin de cet enfant...

-Alors mon avis ne servira pas ton jugement, dit-il avec un sourire amer.

Archange, dos à la porte ne savait plus quoi penser... Pourquoi ses parents l'avaient tenu à l'écart d'un problème aussi important ? Lui cachaient-ils d'autres secrets ? Et surtout depuis combien de temps sa mère était dans un tel mal être ? Et lui qui n'avait rien vu... Archange se sentit coupable de ne pas lui avoir porté plus d'attention. Il ravalla les larmes qui commençaient à perler sur le bord de ses yeux, puis se dirigea vers la salle où ses parents devaient s'entretenir.

La Butineur toqua à la porte de manière claire : deux coups secs et précis. La voix familière et chaleureuse de son père l'invita à rentrer. Archange lui adressa la paroles aussitôt rentré dans la pièce :

-Alors où est mère ?

-Elle est en train de signer le contrat avec l'autre, dit-il avec dédain...

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Message par Artémis Chester le Mer 21 Sep - 14:14

La porte s'ouvrit sans un grincement. Parfaitement huilée. Un grand garde en armure, dont le visage était caché sous un casque à visière, s'avança au pas, droit comme un i. Avec un tonnerre de ferraille, mais au moins il y allait au pas. Chester suivait, beaucoup plus silencieusement. Le duo s'avança jusqu'au centre de la salle, juste devant le trône. Le visage de la Comtesse était impassible, comme une véritable sculpture de marbre. Son regard croisa celui du Conteur. On aurait dit une collision de glacier. Le garde, escorte de Chester, déglutit suffisamment fort pour faire cesser l'échange gênant entre les deux autres. Comme quoi, il avait fait du bruit une vocation. La Comtesse haussa un sourcil d'un air ennuyé par le garde, puis s'adossa à son siège.

-J'accepte.

Aucun sentiment ne passa sur le visage de Chester. Il ne tiqua pas. Au mieux, son cœur noircit un peu plus. Puis il inclina légèrement la tête et tira son grimoire de son sac. Dans le même temps, il sortit un archet de violon dénué de cordes. Il ouvrit le fermoir, et instantanément le tourbillon de feuilles envahis la pièce. Dans l'esprit du Conteur, Diane s'installa tranquillement. Un peu comme une sorte de serpent: très gros, très lent, et très dangereux. Chester aurait juré sentir un souffle glacé sur sa nuque.

Il leva la main et attrapa une feuille encore non signée. Il la lut rapidement, jetant un coup d'oeil à la fin du parchemin. Une fois sûr d'avoir mémoriser la quasi-totalité du papier, il l'envoya d'un geste du poignet vers la Comtesse. Elle lut les différentes clauses, le prix et ce que le contrat lui offrait. Puis après un dernier coup d'oeil à Chester, elle signa et appliqua quelques gouttes de sang sur le bas du parchemin. Un frémissement traversa toute les feuilles de la salle: le seul capable d'enrayer le processus, maintenant, était Chester. Il posa ses yeux sur le parchemin, et une lueur de résignation passa dans ses yeux. De son sac, il tira un couteau etl fit tomber à son tour un peu de sang sur la feuille.

Quelques étincelles s'échappèrent du parchemin, et toutes les feuilles émirent un son semblable à une myriades de chuchotement frémissant et dont l'ampleur enflait chaque seconde. D'un claquement de doigt, Chess força Diane à se résorber dans son sac. Un souffle violent traversa la salle, et toute les feuilles disparurent. Le Conteur s'avança et déposa l'archet cassé au pied du trône.

-Versez un peu de vos deux sangs mélangés dessus. Il déclenchera magiquement votre grossesse. S'ensuivra une longue et douloureuse journée (24h, précisément) mais qui aboutira d'un enfant en bonne santé. Bonne chance avec ça.

Et sans rien ajouter de plus, Chester disparut par la grande porte.


Dernière édition par Artémis Chester le Mar 27 Déc - 20:40, édité 1 fois

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Message par Archange le Sam 1 Oct - 21:05

Le palais entier avait frémi, comme si le temps s'était arrêté puis remis en route en une fraction de seconde. Ecoutant son instinct, Archange était resté seul dans sa chambre pour se poser et réfléchir à tout ça lorsqu'il compris qu'il était trop tard. Ce "frémissement" magique ne pouvait être dû qu'à une seule chose, sa mère avait signé. Le Butineur serra les poings. Il jeta un regard nonchalant vers sa porte, il se leva, l'ouvrit et reprit le même chemin que ce matin. une fois arrivé dans la salle du trône (vide cette fois) il se dirigea d'un pas plus pressé vers les portes "officielles" du château.

Une fois dehors, contrairement à son habitude, il ne profita pas de la beauté du paysage, il trouvait même injuste qu'une journée si radieuse était le lieu d'un si grand désastre. Il fit apparaître ses ailes et prit de la hauteur. Il devait trouver ce Conteur, ce Chester... Il connaissait tout les commerçant de la ville, tous les hôteliers, tout le monde en fait. Il se dirigea vers un membre de la milice de la ville pour lui demander aussitôt :

-Artémis Chester, chétif, roux, habillé de guenilles, il est venu au palais sous demande de la Comtesse. Où loge-t-il ? C'est très important !

-Je suis navré Altesse mais personne ici ne le sait...

-Archange mon nom est Archange... D'accord... Je suis dans de beau draps...

Une idée fusa dans l'esprit du Butineur, il s'envola de nouveau, prépara une bulle et de sa voix fortement amplifiée par sa magie il cria :

-CHEEEEEEEEEEEEEEEEEESTEEEEEEEEEEEEER

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Message par Artémis Chester le Dim 2 Oct - 15:34

Le cri ricocha sur les pierres de la rue. Un rugissement de rage et de colère, appelant au règlement de compte, tombant du ciel comme une mise à mort vengeresse. Derrière son stand de bois couvert de draperie couleurs ocre, le cœur de Mamie Paulette manqua de s'arrêter définitivement, de manière rapide et très violente. La petite vieille, vendeuse de fruit depuis l'an 500, fit tomber la pomme rouge qu'elle tendait à son client dans un hoquet de stupeur. Lequel la rattrapa de justesse avant qu'elle ne roule au sol dans la boue, et soit immangeable. Chester porta le fruit à sa bouche et tendit une piécette à Mamie Paulette. Ses yeux bleus étaient fixés sur le ciel.

-Bah celle là, on me l'avait jamais faite.

*Je confirme. C'est assez impressionnant. Un client, tu crois ?*

-Vu d'ici, on dirait plus l'ange ailé de la justice qui vient réclamer mon âme.

*L'un n'empêche pas l'autre.*

Un sourire carnassier passa sur les lèvres de Chester.

-Pas faux.

S'éloignant du stand où la grand-mère tentait tant bien que mal de reprendre le contrôle de ses battements de cœur (qui provoqueraient probablement un AVC si elle n'y arrivait pas d'ici une poignée de minutes), il se déplaça vers le centre de la ruelle. Quelque chose avait hurlé son nom depuis les cieux. Quelque chose de visiblement très énervé. Ce n'était probablement pas prudent de se frotter à lui. Cependant Chester aimait connaître ses adversaires: et une silhouette aillée, c'était quand même la vague description d'un huitième de la population. Pas très utile, somme toute. Il plissa les yeux. Sur ses épaules, Balthazar les aurait plissés aussi si il avait eu des paupières. Puis Chess grogna.

-J'vois rien. Fais chier.

D'un geste expert, il tira son parapluie favori de son sac. Il l'ouvrit et l'anima en un tour de main. Asmodeus braqua aussitôt sa tête vers le crieur publique des nuages, nimbé de lumière solaire.

*C'est qui, l'autre guss, là-haut ?*

-Bonne question.

*Monte.*

Chester s'exécuta, et As s'envola vers les nuages. Le Conteur s'appliqua à se donner une posture relâchée et sûr de lui: main dans la poche, il croqua dans sa pomme, l'air légèrement pensif. Soit c'était un client qui n'avait aucune conscience de l'existence des lettres et du système de la poste, soit c'était littéralement un Ange en armure céleste, tombé du ciel pour réduire l'âme du jeune homme en pièce Une lueur d'amusement pétilla dans ses yeux: encore aurait-il fallut une âme. Asmodeus, dans un souffle calculé, parvint à la hauteur de la silhouette céleste.

C'était l'héritier de la Comtesse. Visiblement suffisamment énervé pour hurler une convocation immédiate à travers toute la ville.

*Ah.*

*Oh.*

"Youpi", pensa Chester.

Il observa son interlocuteur d'un air vaguement intéressé, puis mangea un autre morceau de pomme.

-Je peux t'aider ?

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Re: Signez là. En bas. [PV Archangeounet]

Message par Archange le Mer 4 Jan - 18:59

-Je peux t'aider ? Un sourire mauvais se dessina sur sa bouche... Je choisis de lui parler avec diplomatie... Si il exauçait des vœux le Conteur devait maîtriser sa magie sur le bout des doigts.

-Je voulais savoir... Ma mère qu'est-ce que tu lui a fait ? Précisément... J'essayais de ne pas paraître agressif.  Je réussis à contenir l'envie d'effacer son sourire arrogant à coups de poings (ce dont je me félicite toujours aujourd'hui).

-J'ai exaucé son souhait" répondit-il du tac-au-tac, il avait l'air d'avoir de l'expérience en "client mécontent".

-Le contrat... le vœu; repris-je en bredouillant, le gringalet me perturbait, avec son regard fixe et son sourire il avait l'air déterminé et intouchable sur ce parapluie; Serait-il possible de le lire ?

-Il me semblait pourtant que ta mère savait lire, trancha-t-il.

-Certes mais le chagrin lui aura fait oublier les risques.
 
Son sourire commençait à battre en retraite et une certaine fierté commençait à s'installer en moi lorsqu'il fit apparaître le contrat et me le tendit :

-Tu serais un si mauvais fils ? dit-il en souriant de plus belle.
 
Une fois de plus je rangeai mon ego en l'ignorant et commençait à lire le contrat... Plus les lignes défilait plus mon visage s'assombrissait. Lorsque je finis ma lecture je levai les yeux vers Chester.

-Mais c'est de la folie elle n'a simplement aucune chance de s'en sortir ! Annulez le vœu !

-Non, répondit-il sèchement.

-Qu'est-ce que vous voulez ?

-La volonté de la Contesse probablement. A moins que tu sois prêt à marchander pour un autre vœu ?

-Euh... Quel genre de contrepartie exigeriez-vous ?

-Un service, de n'importe quel genre. Demandable n'importe quand n'importe où.

-Je... je ne sais pas...

-C'est le prix à payer mon gars. Dépêche toi. Je n'ai pas toute la journée.

Je restai sans voix... Il réitéra son propos de manière plus violente dans le ton, je levai les yeux vers lui à nouveau.

-Silence ! Ce n'est pas une décision facile !

Le Conteur ne répondit pas. Étrange. Je pris finalement une décision.

-C'est d'accord Chester, je marche pour le service. Mais attention seul vôtre personne doit être concernée par ce service. Pas de meurtre ou autre mise en danger d'autrui par ma main au nom de ce contrat. C'est clair ?

-Le vœu est obligatoire et inaliénable. Soit.

Je le regardai se concentrer pour préparer le rituel avec une appréhension que je n'avais jusqu'ici jamais expérimentée.

Archange

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Re: Signez là. En bas. [PV Archangeounet]

Message par Artémis Chester le Mer 4 Jan - 20:02

Chester souriait toujours. Si il ne s'était pas maîtrisé, son sourire se serait changé en éclat d'autosatisfaction. Deux services en une journée, c'était une bonne affaire.

*Le désespoir pousse vraiment les gens à l'abîme.* marmonna Balthazar.

-Si tu savais, marmonna Chester.

Il agita les doigts, tirant son grimoire de son sac. Quelque part dans son esprit, Diane marmonnait en même temps qu'elle écrivait le dialogue. Avec un bruit de froissement, une feuille sauta hors du grimoire. Le Conteur l'attrapa au vol.

*Il a vraiment marché ?*

Tandis qu'il lisait le papier, le magicien hocha la tête.

*Intéressant.*

En substance, le contrat impliquait que Chester fournirait un objet contre-carrant le précédent vœu de la Comtesse de Fowlage, pour la modique somme d'un service rendu au Conteur. Les conditions de l'accord impliquait que seule la personne d'Artémis Chester devait impliquée dans le service, qu'il ne devait être fait aucun mal à autrui dans le cadre de la rétribution du contrat et que la Comtesse n'était en aucun cas délestée du prix de son vœu (à la différence près que la somme en serait allégée).

Chester prit tout son temps pour lire le contrat, le peaufiner sur certains détails, arranger certaines tournures de phrases. Après tout, pourquoi se presser ?

D'un tour de main, il tira de son sac une fiole brisée, qu'il tendis conjointement à la feuille et à une plume au Butineur.

-Répands le futur contenu de ce flacon sur l'archer sans corde que j'ai donné à ta mère. Cela détruira le contrat. Tu ferais bien de te dépêcher de signer, le soleil se couche, elle ne tardera pas à utiliser son vœu.

Son regard glissa vers l'horizon, puis vers le palais de la Comtesse. Puis, presque innocemment, il retomba sur son client.

-Évidemment il faut que tu utilise le sort que je t'ai donné avant celui de ta mère. Sans quoi il ne fonctionnera pas. D'où la nécessité de te dépêcher.

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Message par Archange le Ven 27 Jan - 21:50

-Répands le futur contenu de ce flacon sur l'archer sans corde que j'ai donné à ta mère. Cela détruira le contrat. Tu ferais bien de te dépêcher de signer, le soleil se couche, elle ne tardera pas à utiliser son vœu.

 

Ses yeux se détournèrent des miens pour admirer l'horizon montagneux. Il feint de s'y perdre puis son regard bifurqua à nouveau, vers le plais cette fois. Puis, il annonça d'un ton neutre :

-Évidemment il faut que tu utilise le sort que je t'ai donné avant celui de ta mère. Sans quoi il ne fonctionnera pas. D'où la nécessité de te dépêcher.


 

L'escroquerie était parfaite, il savait que les chances étaient infimes pour que la comtesse n'ait toujours pas utilisé l'objet. Le Butineur plongea son regard bleu acier dans celui du Conteur, la menace qu'il avait en tête resta coincée dans sa gorge et il plongea vers le palais. Arrivé dans la salle du trône il s'aperçu qu'elle était vide... Pris de panique il commença à arpenter tout le palais à la recherche de son inconsciente de mère. Il la trouva dans la chambre officielle du couple. (Ses parents la trouvaient trop officielle et dormaient dans une chambre mansardée du château, beaucoup plus petite mais avec tellement plus de charme). Le flacon à la main Archange se rua dans la chambre et il trouva sa mère, à terre épuisée l'archet dans sa main. Le jeune hériter s'agenouilla auprès de sa mère et lui demanda tout bas, comme si elle dormait :

 

-Mère, vous ne l'avez pas fait ? Dites moi que non... Le Butineur demandait sans espoir... Il savait pertinemment que le mal était fait, mais il voulait seulement sûr...

 

La Comtesse se contenta de le regarder droit dans les yeux, son fils détourna son regard, trahi. La mère commença à pleurer en silence avant que son visage ne se crispe de douleur, elle laissa s'échapper un ridicule :

-Ca y est… Ca commence…

-CHEEEEEESTEEEEEER ! Le Butineur s'écroula de colère et de désespoir, attendant une aide divine.

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Message par Artémis Chester le Sam 18 Fév - 22:34

Timmy était une enfant heureuse.
Elle était petite, blonde, avec des joues potelées et des longues bouclettes qui lui tombait quelque fois sur ses yeux marrons. Sa peau était légèrement bronzée, et ressortait sur sa robe pervenche. La gamine avait 9 ans, un papa et une maman qui s’aimait, un grand frère embêtant et un chat répondant au doux nom de Cyanure (nom qu’elle avait choisi en dépit des protestations du reste du monde). Elle allait régulièrement à l’école et aidait du mieux qu’elle pouvait à la maison.
En somme, Timmy (de son vrai nom Timadiorayabalaphabilule, abrégé en Timmy) était une enfant heureuse.

En ce joyeux jour de Juin, ladite gamine aux cheveux bouclés batifolait entre les rues pour rentrer chez elle. A cette heure là, normalement, les vieux s’asseyaient devant les salons de thé, souriants aux enfants qui passaient. Les boulangeries sentaient les pains au chocolat et les baguettes, les enseignants rentraient chez eux et la ville sombrait tranquillement dans sa soirée. Timmy avait l’habitude, comme toute enfant légèrement niais, de faire la même chose tous les soirs en rentrant : courir dans la rue les bras écartés en faisant des bruits de dragon avec la bouche, s’arrêter à la boulangerie, prendre un cookie, repartir en chantant des chants stupides, et rentrer avec un grand sourire et un zozotement adorable.
Mais aujourd’hui, quelque chose sonnait faux. Les vieux n’étaient pas dehors, la boulangerie sentait le brûlé et les enseignants prenaient la route sortant de la ville. Le soleil était éclatant dans le ciel azuré, mais le coeur de Fowlage semblait dépérir d’une triste maladie. Timmy vit des chats miauler leurs chagrin à une vieille dame, assise sur un banc, dont les yeux étaient légèrement humides. Elle vit, alors qu’elle passait devant une porte entrouverte, un jeune couple réajuster leurs costumes de soie noire. Elle vit un groupuscule de marchands aisés se diriger vers les portes de la ville en dodelinant de la tête. Elle vit même un corbeau, au plumage obsidienne, se poser sur un tonneau juste devant ses yeux. Elle s’apprêtait à prendre un tournant, mais s’immobilisa et planta son regard dans le sien. L’oiseau avait à la fois un regard vide et perçant. Il semblait la regarder avec deux regard à la fois : le premier, noir et profond, le second, bleu et glacé.

Pour autant, la gamine fit ce qu’elle avait toujours fait : des bruits de dragons avec la bouche tout en rentrant chez elle, tout en ignorant tous les signes traditionnels d’un tragique drame.

Quand elle passa sa porte, jeta son sac contre un mur et lança un « boujour » gazouillant à la volée, sa mère, attablée à la cuisine, lui lança un regard grave. Cela refroidit l’enfant aussi sec.
Dans les yeux de la petite Timmy, les chats pouvaient bien miauler, les vieilles dames pleurer, les gens se draper de noir ou les boulangeries sentir le brûler, rien, rien du tout sur toute cette planète ne pouvait refroidir sa flamboyante candeur mieux qu’un regard grave de sa mère. Ce genre de regard, à la fois résigné, dur, compatissant et maternel qui présage l’apocalypse. Mieux que les marchands sortant de la ville, mieux que le corbeau aux ailes de suie. A tous les coups, elle allait lui dire qu’il n’y avait plus de biscuits.
Sa mère se leva, s’approcha d’elle, et se mit à parler.

-Ma chérie, est-ce que tu sais qui est la Comtesse ?

C’était une grande madame, plutôt jolie, ayant un fils et un mari. Elle vivait dans le château en haut de la ville. C’était aussi celle qui régnait sur la ville et les environs. Pour Timmy, ça avait toujours été une Reine : la Royauté de Donoé, elle n’en n’entendait pas souvent parler. Et alors, la Comtesse elle avait pris le dernier biscuit ?

-Elle est partie, ce matin. Nous allons lui dire aurevoir là, dans une petite demi-heure.

L’enfant regarda sa mère avec un regard éloquent : Qu’est-ce que tu me racontes comme fadaises ? Si elle est partie, comment tu veux lui dire au revoir ? Et puis, elle est partie où ?

-« Partie » veut dire qu’elle est morte. Grommela une voix rocailleuse depuis le fond du salon.

L’expression de Timmy changea : Oh. Son père se leva de son fauteuil et entra dans la cuisine à son tour. C’était un homme plutôt grand, chauve, avec une moustache et une bedaine fournie. Il avait les yeux vairons -un marron, un bleu- et marchait avec une canne en chêne massive, qui accompagnait chacun de ses pas d’un Toc, toc bruyant. On avait dit à Timmy qu’il était jusqu’à il n’y a pas si longtemps, militaire. Il était en vérité retraité depuis le début de l’année seulement, et avait gardé certains contact avec le Conté de Fowlage. Ses traits, normalement d’une diffuse douceur tout en largesse faciale, étaient aujourd’hui fermés, à l’image d’un roc. Il posa sa tasse de porcelaine sur le plan de travail avec un petit « cling » distinctif.

-Viens ma chérie, fit-il d’une voix légèrement adoucie, nous allons à un enterrement.


***

-… Nous avons donc choisi le rosier, pour celle qui fut notre dirigeante bien aimée. Puisse sa fleur pousser haut et vivre longtemps.

-Puisse sa fleur pousser haut et vivre longtemps. Répondit l’assemblée.

On observa un minute de silence. Puis tout le monde commença à ranger. Les gens, restés debout toute la cérémonie durant, s’éloignaient plus ou moins vite en marmonnant, comme une sorte de vague noire composée de tissu, de chapeau et ça et là de peau burinée. Pour une jeune fille, blonde aux cheveux bouclés, ça avait été horriblement long. Son père, le général Hildeïnger, était resté droit tout au long de la cérémonie, et avait personnellement adressé ses condoléances au Comte. Puis ils étaient partis.

Comme tous les autres.

Le Comte se tenait là, seul, debout. Face à sa femme. Théoriquement parlant, face à un tas de terre fraîchement qui contenait le cadavre de sa femme, encore frais d’une grossesse dont elle ne s’était jamais remise. Comme quoi les métonymies sont de sacrés raccourcis. Et puis ça évite de retourner trop le couteau dans la plaie.
Il passa la main dans ses cheveux poivres et sel, et leva les yeux vers le ciel. La première grossesse de sa femme avait été compliquée : elle était restée alitée deux mois sans que l’on ne sache vraiment si elle allait survivre. L’enfant qu’elle portait, Archange, avait pourtant fait preuve d’une santé remarquable. Le schéma s’était répété à l’identique : sa femme avait été mise dans les mains de guérisseurs aussi vite que possible. Son corps semblait meurtri, elle crachait du sang et pleurait sans pouvoir s’en arrêter : au début, ça avait était une réaction incontrôlée de ses glandes lacrymales ; puis seulement quelques heures avant sa mort, de vraies larmes. La Comtesse de Fowlage était décédée les larmes aux yeux, en pleine urgence médicale, sans pouvoir dire adieu à ses enfants.


Du moins, en personne.


Elle avait laissé une lettre à chacun des membres de sa famille, au cas où le sortilège vendu par Chester lui serait fatal. Dans celle du Comte, elle le priait de l’excuser et lui assurait son amour ; elle l’exhortait aussi à vivre, à s’occuper de leurs deux enfants. Et à remettre sa lettre à sa fille le jour de ses 10 ans (plus tôt ou plus tard, si il le jugeait nécessaire). Le Comte ignorait le contenu de la lettre d’Archange. Il n’avait pas eu le coeur de lui demander, et ne se sentait en un sens pas concerné par le message d’une défunte mère à son fils. Sa femme était quelqu’un d’intelligent, et dont il respectait profondément les vœux : si elle avait souhaité qu’il en connaisse le contenu, elle n’aurait écrit qu’une lettre pour tous.


Son esprit divaguant s’attarda un instant sur la petite, récemment venue au monde. Elle s’appelait Aurore, avec des joues rebondies, un teint de pêche, et deux petits yeux violets. C’était un bébé adorable, en merveilleuse santé, souriante et calme. Comme si elle avait drainé son énergie, sa vitalité et ses qualités à sa mère. La lèvre du Conte frémit. Cela y ressemblait bien trop : dans les deux cas, il aurait juré que la naissance de ses enfances avaient puisé dans les forces de son épouse, bien au-delà de ce que l’humain pouvait concevoir. Il marqua un temps, pour appréhender la nouvelle. Si Chester était capable de drainer la vitalité des gens, il …

-Bonsoir.

Le Comte fit volte-face aussi sec, main serrée sur sa canne. Il était vêtu d’un long manteau noir, rajoutant un peu à l’effet dramatique de son demi-tour. Son regard croisa deux yeux glacés, une pipe de bois et un léger sourire en coin.

-C’est un bon jour, pour mourir, non ?

Le Comte se retint à la dernière minute de se jeter sur Chester. Le Conteur se tenait devant lui, nonchalamment assis en tailleur sur une pierre tombale, pipe de bois noir entre les lèvres. Il toucha le bords de son chapeau, comme pour un salut entre gens civilisés. A la différence prêt que le magicien avait tué sa femme.

-Vous venez portez vos condoléances ? C’est bien aimable à vous. Laissez votre bouquet dans ma cheminée, je ne manquerais pas de le brûler.

L’air détendu, abrité du soleil, Chester semblait presque en vacances. Profitant de la beauté du mois de Juin - et ignorant totalement le décès récent de la femme de son interlocuteur.

-Très drôle, votre Seigneurie. Je pense avoir laissé un message suffisamment clair dans votre famille. Et un que vous ne pourrez pas brûler.

Le Comte resserra son poing sur le pommeau de sa canne. Si il devait battre le Conteur à mort à coup de canne, et bien soit. Si Chester le remarqua, il n’en montra rien du tout.

-Je viens chercher mon paiement.

-Votre paiement ?

L’éclat de voix avait été bref. Il n’avait pas crié. N’avait pas tonné. Il avait même parler d’un tonne neutre, plutôt calme. Mais à la manière de tout politicien bien entraîné, cette phrase courte, simple, avec une intonation légèrement courtoise avait des airs de couperet sanguinolent prêt à arracher la peau du magicien pour lui faire avaler par le colon. Tout d’un coup, si possible. Chester sourit. Et son regard se posa sur la canne du Comte. Ce dernier eu un rictus.

-Vous avez assassiné ma femme, détruit ma famille, et vous demandez à être payé pour ça ? Vous êtes hors de vos engagements, jeune homme, et bien loin de vos droits. Partez. Je veux être seul.

-Je vous laisserais déprimer dans votre coin sans aucun soucis. Je tiens simplement à être payé pour avoir rempli mon engagement auprès de votre femme.

-Elle est morte par votre faute, alors ne venez pas me tenir des discours de paroles et d’honneur ! Vous…

-Je vous ais fourni une fille.

-Ne parlez pas d'elle comme d'une marchandise. Et au prix d'une autre vie !

-Elle était consciente des risques.

-C’est votre seule défense ?

Chester sourit à nouveau. Sourire qui ne gagna nullement ses prunelles, lui conférant un air de requin affamé.

-Je n’ai pas à me défendre. C’est là ce que vous ne saisissez pas. Votre femme et moi avions un accords. Pour obtenir mon paiement (qu’en l’occurrence vous tenez en main), je devais lui fournir une fille. Les dommages subits, si indiqués dans notre contrat (que vous avez lu, il me semble) n’influaient en rien sur le prix.

-Je ne vous dois rien du tout.

Le Comte serrait son pommeau plus fort qu’il n’aurait souhaité. Cette canne n’avait rien de particulièrement spéciale, pourtant. C’est un bâton de bois sombre, ferré à la base, une canne de marche qu’il utilisait depuis seulement quelque temps. Il la laissait quelque fois, incrustée dans le trône de son château, en tant qu’insigne de pouvoir. Quand il marchait avec, c’était comme insigne de pouvoir. C’était sa femme qui avait eu l’idée. La canne n’avait pas une attache sentimentale particulière à ses yeux. Simplement, la donner au responsable de la mort de sa femme… cela ne lui paraissait pas bon.

-Vous ne me devez effectivement rien.

Le Comte cligna des yeux. Deux fois.

-Votre femme, si. Elle avait fait une promesse. Vous me direz, si le contrat n’est pas respecté, il n’y a que son nom qui sera traîné dans la boue : pas le vôtre.

Il déglutit. Ses yeux s’étaient fait lances de métal : ceux de Chester, glaciers sans fonds.

-Partez.

-Je pourrez. Est-ce vraiment ce que vous souhaitez ?

Il y eu un moment de silence. Ce moment précis, qui ne dure qu’une demi fractions de seconde selon nos horloges, alors qu’un univers naît et meurt dans nos esprits ; lorsque la matière elle-même, le temps, l’espace et les sentiments retiennent leur souffle ; lorsque toute les possibilités traversent un regard, qu’un raisonnement se met en place, qu’une étincelle de génie frappe, que des ponts se brisent ; quand le moulin s’arrête. Puis le bruit d’une canne que l’on jette au sol. Le Comte se détourna, le visage plus fermé encore, et le regard perdu sur la tombe de sa défunte épouse.


Chester, lui, ramassa la canne et s’en alla en sifflotant.

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